Complément alimentaire : comment lire le dosage
Un complément alimentaire vendu en France doit afficher un dosage. L'article 12 du décret n° 2006-352 impose que la quantité des nutriments et des substances à effet nutritionnel ou physiologique soit déclarée en chiffres, rapportée à la portion journalière recommandée. Une étiquette muette sur ces quantités n'est pas conforme. Ce qui reste légal tient en trois zones grises : l'extrait de plante affiché en poids de préparation sans titrage, le chiffre donné par gélule au lieu de la dose, et le total d'un mélange sans détail actif par actif. Voici le texte exact, puis la méthode pour reconstituer ce qui manque.
Ce que la loi impose sur l'étiquette
Trois textes se superposent : la directive 2002/46/CE, le décret n° 2006-352 qui la transpose en France, et le règlement (UE) n° 1169/2011 dit INCO. L'article 10 du décret liste les mentions obligatoires : catégories de nutriments caractérisant le produit, portion journalière recommandée, avertissement contre le dépassement de cette dose, mention que le produit ne remplace pas un régime varié, mention de tenir hors de portée des jeunes enfants.
L'article 12 porte le dosage. La quantité des nutriments ou des substances possédant un effet nutritionnel ou physiologique est déclarée sous forme numérique, et elle se rapporte à la portion journalière recommandée sur l'étiquetage. Pour les vitamines et minéraux, elle est en plus exprimée en pourcentage des valeurs de référence de l'annexe XIII du règlement 1169/2011. Deux articles de ce règlement complètent le dispositif : l'article 18 impose une liste d'ingrédients rangée par poids décroissant, et l'article 22 rend obligatoire la quantité d'un ingrédient dès qu'il figure dans la dénomination du produit ou qu'il est mis en évidence par des mots ou des images. Le mélange propriétaire à l'américaine, qui ne donne qu'un total, ne satisfait aucune de ces règles.
À retenir : l'unité légale n'est pas la gélule, c'est la portion journalière recommandée. Tout chiffre affiché à une autre échelle demande un calcul avant d'être comparable.
Les trois zones grises qui restent légales
L'extrait de plante affiché en poids de préparation
L'arrêté du 24 juin 2014 distingue la matière première végétale, plante non traitée, et la préparation de plante, obtenue par réduction en poudre ou par extraction. Il n'impose aucun format d'affichage du titrage ni du ratio plante sur extrait. Une étiquette peut donc annoncer 500 mg d'extrait sans que la quantité de molécule active soit déductible. Un extrait de guarana titré à 22 % et un extrait titré à 4 % pèsent pareil sur l'étiquette. Avec le titrage, le calcul tient en une multiplication, comme détaillé dans caféine ou guarana.
Le chiffre donné par gélule plutôt que par dose
La déclaration obligatoire se rapporte à la journée. Beaucoup d'étiquettes ajoutent une colonne par gélule, et l'œil s'arrête sur le plus gros nombre. Trois gélules à 100 mg et deux gélules à 140 mg ne se comparent qu'une fois la multiplication faite.
La tolérance sur la valeur déclarée
L'article 8 de la directive 2002/46/CE fait des valeurs déclarées des moyennes issues de l'analyse du produit par le fabricant. Les orientations de la Commission européenne de décembre 2012 fixent les marges admises lors d'un contrôle : pour les compléments, incertitude de mesure comprise, + 50 % et - 20 % pour les vitamines, + 45 % et - 20 % pour les minéraux. Un produit déclarant 100 mg de vitamine C reste conforme entre 80 et 150 mg.
En pharmacie ou en ligne, cherchez la dose avant d'acheter : nos gélules de caféine en pharmacie ou en ligne l'écrivent en gros.
Ce que la loi impose, ce qu'elle n'impose pas
Ce partage explique à lui seul la plupart des étiquettes jugées opaques.
| Élément | Obligatoire | Texte |
|---|---|---|
| Quantité chiffrée de chaque nutriment ou substance à effet physiologique | Oui | Décret 2006-352, art. 12 |
| Rapportée à la portion journalière recommandée | Oui | Décret 2006-352, art. 12 |
| Pourcentage des valeurs de référence, vitamines et minéraux | Oui | Annexe XIII, règlement 1169/2011 |
| Liste d'ingrédients par poids décroissant | Oui | Règlement 1169/2011, art. 18 |
| Quantité d'un ingrédient mis en avant sur l'emballage | Oui | Règlement 1169/2011, art. 22 |
| Teneur en caféine par portion journalière | Oui | Annexe III, point 4.2 |
| Titrage d'un extrait de plante en molécule active | Non | Arrêté du 24 juin 2014, silence |
| Analyse du lot publiée | Non | Volontaire |
Lire une étiquette en quatre réflexes
Aucun de ces quatre gestes ne demande autre chose que l'étiquette et une calculatrice. Ils ne servent qu'à reconstituer un chiffre manquant ; pour la lecture complète du pot, mention par mention, voir lire une étiquette de complément alimentaire.
1. Ramener tout à la portion journalière. Repérer la ligne « pour 2 gélules » ou « par dose », multiplier les chiffres par gélule, puis comparer dose contre dose.
2. Vérifier que chaque actif porte son propre nombre. Un mg ou un µg par substance, jamais un total de mélange. Un actif nommé sur la face avant sans chiffre nulle part ne satisfait pas l'article 22.
3. Pour un extrait, chercher le titrage. Sans pourcentage ni ratio, la dose d'actif n'est pas calculable. Avec lui, une multiplication suffit : 500 mg titrés à 10 % font 50 mg d'actif.
4. Recalculer le pourcentage des valeurs de référence. L'annexe XIII fixe la référence de la vitamine C à 80 mg par jour : une étiquette annonçant 240 mg affiche donc 300 %.
La caféine, où le texte est explicite
L'annexe III du règlement 1169/2011, point 4.2, vise les denrées autres que des boissons auxquelles la caféine est ajoutée à des fins physiologiques. La mention « contient de la caféine, déconseillé aux enfants et aux femmes enceintes » doit figurer dans le même champ visuel que la dénomination, suivie entre parenthèses de la teneur en caféine. Le texte ajoute que, pour un complément alimentaire, cette teneur est exprimée en fonction de la portion journalière recommandée. L'EFSA a conclu en 2015 que des apports journaliers jusqu'à 400 mg et des doses uniques jusqu'à 200 mg ne soulèvent pas de problème de sécurité chez l'adulte en bonne santé, la limite descendant à 200 mg par jour pendant la grossesse.
Mon protocole et mon verdict
Textes publiés uniquement : directive 2002/46/CE, décret n° 2006-352, règlement 1169/2011 et ses annexes III et XIII, arrêté du 24 juin 2014, orientations de la Commission de décembre 2012. Aucune marque tierce citée. Sources consultées le 28 septembre 2026. Ma conclusion tient en une phrase : l'absence totale de dosage est une infraction, mais l'essentiel de ce qu'on prend pour de l'opacité est de l'affichage conforme mal lu. Le poids d'un extrait n'est pas une dose d'actif, et un chiffre par gélule n'est pas un chiffre par jour.
Zénith, l'étiquette entière
| Par dose de 2 gélules | Quantité | Valeurs de référence |
|---|---|---|
| Vitamine C | 560 mg | 700 % |
| Taurine | 400 mg | Aucune établie |
| Caféine | 180 mg | Aucune établie |
| Extrait de guarana | 60 mg | Aucune établie |
Flacon de 60 gélules, soit 30 doses, à 29,90 euros. Fabrication en France, analyse lot par lot publiée sur nos analyses. La vitamine C contribue à réduire la fatigue, contribue au fonctionnement normal du système nerveux et contribue à des fonctions psychologiques normales : ce sont les seules allégations inscrites au registre européen pour nos actifs. Aucune n'existe pour la caféine, la taurine ni le guarana.
Le réflexe numéro 3 s'applique aussi à nous : les 60 mg d'extrait de guarana sont un poids de préparation, pas une dose d'actif, et les 180 mg de caféine sont déclarés séparément comme l'exige le point 4.2. Formule complète sur Zénith, démarche sur la marque, autres lectures d'étiquette dans le journal, dont 560 mg de vitamine C.
Questions fréquentes
Un complément alimentaire a-t-il le droit de ne pas afficher ses dosages ?
Non. L'article 12 du décret n° 2006-352 impose de déclarer en chiffres la quantité des nutriments et des substances à effet nutritionnel ou physiologique, rapportée à la portion journalière recommandée. En revanche, aucun texte n'impose d'afficher le titrage d'un extrait de plante en molécule active.
Pourquoi certains compléments donnent-ils seulement un total de mélange ?
C'est une pratique importée du marché américain. En France, elle se heurte à l'article 12 du décret pour les substances à effet physiologique, et à l'article 18 du règlement 1169/2011, qui impose de ranger la liste d'ingrédients par poids décroissant. Cet ordre reste exploitable même sans proportions.
Comment reconnaître un complément sous-dosé ?
En ramenant tout à une journée de prise, puis en comparant la quantité obtenue aux références publiées pour l'actif. Pour les vitamines et minéraux, le pourcentage des valeurs de référence de l'annexe XIII est affiché et recalculable. Pour un extrait, la dose d'actif n'est calculable que si le titrage est donné.
Le dosage affiché est-il garanti au milligramme près ?
Non. L'article 8 de la directive 2002/46/CE en fait une valeur moyenne issue de l'analyse du fabricant. Le document d'orientation de la Commission de décembre 2012 admet pour les compléments, incertitude comprise, + 50 % et - 20 % sur les vitamines, + 45 % et - 20 % sur les minéraux.
Que doit indiquer un complément contenant de la caféine ajoutée ?
Le point 4.2 de l'annexe III du règlement 1169/2011 impose la mention « contient de la caféine, déconseillé aux enfants et aux femmes enceintes » dans le même champ visuel que la dénomination, suivie de la teneur en caféine, exprimée pour un complément en fonction de la portion journalière recommandée.
Sources officielles, consultées le 28 septembre 2026 :
- Légifrance, décret n° 2006-352, articles 8 à 14, étiquetage des compléments alimentaires
- Directive 2002/46/CE du 10 juin 2002, articles 6 et 8
- Règlement (UE) n° 1169/2011, articles 18 et 22, annexes III et XIII
- Texte intégral du règlement 1169/2011, JO L 304 du 22.11.2011, annexe III point 4.2
- Légifrance, arrêté du 24 juin 2014 sur les plantes autorisées dans les compléments alimentaires
- Commission européenne, orientations de décembre 2012 sur les tolérances, tableau 2
- DGCCRF, étiquetage, présentation et publicité des compléments alimentaires
- EFSA, Scientific Opinion on the safety of caffeine, EFSA Journal 2015;13(5):4102
- Registre de l'Union des allégations nutritionnelles et de santé
- Règlement (UE) n° 432/2012, allégations de santé autorisées
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