Étiquette de complément alimentaire : les 6 points à lire
Une étiquette de complément alimentaire dit exactement ce que la loi l'oblige à dire, et rien de plus. Six mentions sont imposées par le décret n° 2006-352 et le règlement européen 1169/2011 : le terme « complément alimentaire », la liste des ingrédients par ordre décroissant, les quantités rapportées à la portion journalière recommandée, les avertissements, le lot et la date de durabilité. Tout le reste, y compris le titrage réel d'un extrait de plante, est facultatif. Lire une étiquette consiste donc moins à décoder ce qui est écrit qu'à repérer ce qui manque. Voici les six points, dans l'ordre où on les rencontre sur le pot.
Point 1 : le mot « complément alimentaire » doit figurer sur le pot
C'est la mention la plus simple à vérifier. L'article 9 du décret n° 2006-352 du 20 mars 2006 impose que ces produits soient vendus sous la dénomination « complément alimentaire », et sous aucune autre. Un produit qui se présente comme une « formule », un « booster » ou un « traitement » sans porter cette dénomination n'est pas conforme.
L'article 8 du même décret ferme la porte juste derrière : l'étiquetage, la présentation et la publicité ne peuvent attribuer au produit des propriétés de prévention, de traitement ou de guérison d'une maladie. Ce vocabulaire appartient au médicament. Le contrôle n'est pas théorique : lors de son enquête de 2020 sur les compléments vendus en ligne, la DGCCRF a relevé un taux d'anomalie de 60 % sur 75 opérateurs, dont 38 portaient au moins une allégation thérapeutique interdite, du type « le kudzu permet de lutter contre les addictions » ou « la propolis est un antibiotique naturel ».
Point 2 : la liste des ingrédients se lit de gauche à droite, par ordre de poids
L'article 18 du règlement 1169/2011 impose d'énumérer les ingrédients par ordre décroissant d'importance pondérale, mesurée au moment de leur mise en œuvre. Le premier nom de la liste est donc l'ingrédient le plus lourd du produit, et le dernier le plus léger.
C'est l'outil de lecture le plus rapide qui existe. Si un actif vanté sur la face avant apparaît en fin de liste, derrière l'agent de charge et l'antiagglomérant, la promesse et la formule ne disent pas la même chose. L'ordre ne donne pas les quantités, il donne les rapports de force.
À retenir : l'ordre des ingrédients est obligatoire, les quantités de chaque ingrédient ne le sont pas toutes. Seuls les nutriments et substances caractérisant le produit doivent être chiffrés, par portion journalière recommandée.
Appliquez ces six points à nos gélules de caféine : la dose est sur la face avant, la liste tient en cinq lignes.
Point 3 : la dose se lit par prise, jamais par gélule
C'est le piège le plus courant, et il est parfaitement légal. L'article 11 du décret n° 2006-352 impose de déclarer les quantités par portion journalière recommandée, et l'article 10 impose d'indiquer cette portion. Un tableau nutritionnel affichant 500 mg d'un actif peut donc correspondre à une, deux ou trois gélules, et rien sur la face avant ne l'indique.
Le cas où le chiffre manque tout à fait, lui, relève d'un autre texte et nous l'avons traité à part dans complément alimentaire sans dosage affiché.
La règle tient en une ligne : repérer la portion journalière recommandée, puis diviser le contenu du flacon par cette portion pour obtenir le nombre de jours réels. Un pot de 90 gélules à trois gélules par jour tient trente jours, pas quatre-vingt-dix. Le prix à la dose vient après.
| Point de contrôle | Obligatoire ? | Texte de référence |
|---|---|---|
| Dénomination « complément alimentaire » | Oui | Décret 2006-352, art. 9 |
| Liste des ingrédients par ordre décroissant | Oui | Règlement 1169/2011, art. 18 |
| Portion journalière recommandée et quantités rapportées à cette portion | Oui | Décret 2006-352, art. 10 et 11 |
| Pourcentage de titrage d'un extrait de plante | Non | Aucun |
| Pourcentage des apports de référence, vitamines et minéraux | Oui | Décret 2006-352, art. 11 |
| Numéro de lot | Oui | Directive 2011/91/UE |
| Bulletin d'analyse du lot | Non | Aucun |
Point 4 : un extrait de plante sans pourcentage de titrage ne veut rien dire
Voici le trou le plus large de la réglementation. Une étiquette peut indiquer « 200 mg d'extrait de guarana » et s'arrêter là. L'arrêté du 24 juin 2014, qui fixe la liste des plantes autorisées, prévoit la caractérisation des préparations par un ratio plante sur extrait et des marqueurs de standardisation, mais l'affichage de ce titrage sur le pot n'est pas imposé.
Sans pourcentage affiché, un extrait de guarana peut contenir de 2,5 à près de 6 % de caféine s'il s'agit de graine simplement broyée, et davantage s'il s'agit d'un extrait concentré. Le même chiffre en milligrammes recouvre donc des réalités très différentes. La question à poser est toujours la même : titré à combien, sur quel marqueur.
Le détail compte d'autant plus que le guarana est une source de caféine, équivalence que nous avons chiffrée dans caféine ou guarana.
Point 5 : AR et DJM, deux chiffres que tout oppose
Les deux acronymes se ressemblent sans mesurer la même chose. L'apport de référence, ou AR, est une valeur de calcul fixée à l'annexe XIII du règlement 1169/2011 pour afficher un pourcentage : 80 mg par jour pour la vitamine C. La dose journalière maximale, ou DJM, est un plafond administratif national fixé à l'annexe III de l'arrêté du 9 mai 2006, soit 180 mg pour cette même vitamine C.
Un pourcentage d'AR élevé ne signifie ni excès ni danger, seulement que la dose dépasse une valeur de référence d'étiquetage. Le texte français des DJM date de 2006 et fait l'objet d'un avis de révision de l'ANSES publié en 2023, détaillé dans 560 mg de vitamine C, est-ce trop.
Dernier repère pour les produits caféinés : l'EFSA a conclu en 2015 que des apports habituels jusqu'à 400 mg de caféine par jour et des prises uniques jusqu'à 200 mg ne posaient pas de problème de sécurité chez l'adulte non enceinte. Ce chiffre n'apparaît sur aucune étiquette et permet pourtant de situer la dose annoncée.
Point 6 : le numéro de lot, et ce qu'on peut en faire
La directive 2011/91/UE impose l'indication du lot, précédée de la lettre L quand elle ne se distingue pas nettement des autres mentions. Le numéro de lot est obligatoire, le bulletin d'analyse qui lui correspond ne l'est pas.
Le lot sert la traçabilité et le rappel. Rien n'oblige un fabricant à publier les résultats d'analyse du lot que vous tenez en main. Demander ce bulletin, numéro en main, reste le test le plus direct de la transparence d'une marque. Nos bulletins sont sur la page de nos analyses.
Ce qu'une étiquette a le droit de taire
Par soustraction, voici ce qui peut rester absent d'une étiquette parfaitement conforme : le titrage d'un extrait, l'origine des matières premières, le bulletin d'analyse du lot, la quantité exacte d'un ingrédient non caractérisant, et le nom du façonnier. Une étiquette conforme n'est pas une étiquette complète, et l'écart entre les deux est exactement l'espace où une marque choisit ce qu'elle rend public.
Un point distingue les produits caféinés. L'annexe III du règlement 1169/2011 impose, pour une denrée autre qu'une boisson à laquelle de la caféine est ajoutée à des fins physiologiques, la mention « contient de la caféine, déconseillé aux enfants et aux femmes enceintes », la teneur étant exprimée par portion journalière recommandée pour les compléments alimentaires. La formule réservée aux boissons, « teneur élevée en caféine », est différente.
Notre étiquette, lue à voix haute
Les six points appliqués à Zénith, notre seul produit. Dénomination : complément alimentaire. Portion journalière recommandée : deux gélules. Par dose de deux gélules : 180 mg de caféine, 400 mg de taurine, 560 mg de vitamine C, 60 mg d'extrait de guarana. Flacon de 60 gélules, soit 30 doses, à 29,90 euros. Marque française, analysé lot par lot. Les 560 mg de vitamine C représentent 700 % de l'apport de référence de 80 mg, et dépassent la dose journalière maximale française de 180 mg fixée en 2006.
Sur les allégations, la règle est nette. Seule la vitamine C en porte d'autorisées au registre européen : elle contribue à réduire la fatigue, contribue au fonctionnement normal du système nerveux et contribue à des fonctions psychologiques normales. Aucune n'est autorisée pour la caféine, la taurine et le guarana. Nous n'en formulons donc aucune. La composition complète est sur la page Zénith, nos choix sont expliqués sur la page de la marque.
Mon protocole, et ce que j'assume
Je n'ai comparé aucune marque ici, volontairement : une lecture d'étiquette se vérifie sur un texte de loi, pas sur une opinion. Chaque obligation citée a été relue à la source, sur Légifrance et EUR-Lex, en septembre 2026. Les exemples d'allégations fautives viennent de la DGCCRF, pas de cas que j'aurais choisis.
Ma conviction, après avoir refait l'exercice sur notre propre pot : le point 3 est celui qui trompe le plus de monde, et le point 4 celui qui coûte le plus cher. Deux réflexes suffisent : chercher la portion journalière avant la dose, et demander le titrage avant de comparer deux extraits. Les autres articles du journal appliquent cette méthode actif par actif.
Questions fréquentes
Quelles sont les mentions obligatoires sur un complément alimentaire ?
La dénomination « complément alimentaire », le nom des catégories de nutriments ou substances caractérisant le produit, la portion journalière recommandée, un avertissement déconseillant de dépasser cette dose, une mention rappelant qu'un régime varié reste la source principale de nutriments, un avertissement de tenir hors de portée des jeunes enfants, la liste des ingrédients par ordre décroissant, le numéro de lot et la date de durabilité minimale.
Faut-il lire la dose par gélule ou par prise ?
Par prise. Le décret n° 2006-352 impose de déclarer les quantités par portion journalière recommandée, pas par unité. Une même valeur en milligrammes peut donc correspondre à une, deux ou trois gélules selon le produit. Il faut toujours repérer la portion recommandée avant de comparer deux étiquettes.
Que signifie le pourcentage affiché à côté d'une vitamine ?
Il s'agit du pourcentage de l'apport de référence fixé à l'annexe XIII du règlement 1169/2011, une valeur de calcul pour l'étiquetage. Pour la vitamine C, cet apport de référence est de 80 mg par jour. Ce pourcentage n'est ni une limite de sécurité ni un besoin individuel.
Une étiquette doit-elle indiquer le titrage d'un extrait de plante ?
Non. Aucun texte n'impose d'afficher le pourcentage de titrage d'un extrait végétal sur l'emballage. L'arrêté du 24 juin 2014 prévoit la caractérisation des préparations de plantes par un ratio et des marqueurs, mais cette information reste dans le dossier du fabricant. Elle se demande directement à la marque.
Quelles allégations sont interdites sur un complément alimentaire ?
Toute allégation de santé non inscrite au registre européen, et toute allégation de prévention, de traitement ou de guérison d'une maladie, interdite par l'article 8 du décret n° 2006-352. En 2020, la DGCCRF a relevé au moins une allégation thérapeutique chez 38 des 75 opérateurs contrôlés en ligne.
À quoi sert le numéro de lot sur un pot de compléments ?
Il identifie l'ensemble des unités produites dans des conditions pratiquement identiques, conformément à la directive 2011/91/UE, et permet la traçabilité et le rappel. Il permet aussi de demander à la marque le bulletin d'analyse correspondant à ce lot précis, ce que rien n'oblige un fabricant à publier spontanément.
Sources
- Décret n° 2006-352 du 20 mars 2006 relatif aux compléments alimentaires
- Décret n° 2006-352, chapitre III, étiquetage (articles 8 à 14)
- Règlement (UE) 1169/2011, article 18, annexe III point 4 et annexe XIII
- Arrêté du 9 mai 2006 relatif aux nutriments, annexe III, doses journalières maximales
- Arrêté du 24 juin 2014 établissant la liste des plantes autorisées
- Directive 2011/91/UE relative à l'identification du lot d'une denrée alimentaire
- Registre européen des allégations nutritionnelles et de santé
- Règlement (UE) 432/2012, liste des allégations de santé autorisées
- DGCCRF, contrôle des allégations sur les sites de compléments alimentaires
- EFSA Journal 2015;13(5):4102, Scientific Opinion on the safety of caffeine
- ANSES, avis relatif à la mise à jour de l'arrêté du 9 mai 2006
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