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Les nootropiques de la Silicon Valley : le vrai, et le marketing

1 October 2026 · TROPIK

Les nootropiques de la Silicon Valley : le vrai, et le marketing

Les nootropiques de la Silicon Valley mêlent trois choses qu’il faut séparer. Le vrai : une culture de l’optimisation née vers 2013-2015 chez des ingénieurs et des fondateurs, qui prenaient souvent des médicaments hors de leur indication, comme le modafinil, sur ordonnance en France. Le mesuré : des effets réels mais inégaux chez des sujets sains, et aucune étude de sécurité à long terme. Le marketing : des gélules de plantes vendues avec le récit du film Limitless, par des start-up dont la plus célèbre, Nootrobox, vend aujourd’hui une boisson aux cétones. Ce qui mérite d’être copié n’est pas la pilule. C’est la méthode.

Juillet 2015. Un directeur technique d’une start-up de San Francisco énumère pour The Guardian le cocktail qu’il avale chaque matin depuis six mois : un dérivé du piracétam acheté en poudre, de la L-théanine, de la choline. Il a accumulé plus de deux douzaines de bocaux, fait ses gélules lui-même, et demande à sa fiancée de lui tendre, sans lui dire laquelle, une vraie gélule ou une gélule vide. « La plupart des entreprises de la tech ont au moins une personne sous quelque chose », dit-il. L’article installe une idée : dans la Silicon Valley, les plus performants prendraient une pilule que vous ne connaissez pas. Dix ans plus tard, nous avons relu les sources de l’époque, la littérature scientifique qui a suivi, et ce que sont devenues les entreprises. Voici le tri.

Une décennie de récit, en six dates

Frise de 2011 à 2024 : sortie du film Limitless, création de Bulletproof 360, lancement de Nootrobox, levée de 2 millions de dollars auprès d’Andreessen Horowitz, jeûne hebdomadaire de 36 heures, changement de nom en Ketone-IQ
Le mouvement tient en peu d’années. Sa marque la plus médiatisée a changé de produit.

2011 : Limitless sort en salles. Bradley Cooper y avale NZT-48, une pilule tirée du roman The Dark Fields d’Alan Glynn (2001). C’est une fiction, et c’est elle qui fournit l’image de tout ce qui suit. 2013 : Dave Asprey fonde Bulletproof 360. En 2015, il raconte à CNN, repris par Business Insider puis le Journal du Net, avoir dépensé environ 300 000 dollars en quinze ans pour « bidouiller » son organisme, médicaments sur ordonnance compris, dont le modafinil, et s’être lancé dans la vente de certains des compléments de sa routine.

2014 : deux fondateurs venus de la tech lancent Nootrobox à San Francisco. 2015 : des investisseurs providentiels de la Silicon Valley y mettent 500 000 dollars en octobre, puis le fonds Andreessen Horowitz mène un tour de 2 millions en décembre. 2016 : selon Quartz, repris par Slate le 28 juin, les neuf salariés de Nootrobox jeûnent trente-six heures chaque semaine, du lundi soir au mercredi matin. 2024 : l’entreprise, devenue HVMN, prend le nom de son produit phare, Ketone-IQ, une boisson aux cétones.

Le vrai : ce qu’il y avait dans les « stacks »

Le mot « stack », la pile, désigne la combinaison de substances que chacun empile le matin. Les sources de 2015 décrivent toujours les mêmes quatre couches, et en France elles ne relèvent pas du tout du même régime.

Les quatre couches d’un stack de la Silicon Valley et leur statut en France : médicaments sur ordonnance comme le modafinil, molécules de recherche comme le phénylpiracétam, compléments comme la L-théanine ou la choline, habitudes comme le jeûne et les tests à l’aveugle
Ce que décrivent The Guardian, Business Insider et Slate entre 2015 et 2016, rangé selon le droit français au 1er octobre 2026.

Des médicaments sur ordonnance. Le modafinil revient dans tous les récits. En France, il est inscrit sur la liste I, avec une prescription réservée aux neurologues et aux médecins des centres du sommeil (base publique des médicaments, 1er octobre 2026). Des molécules de recherche. Le phénylpiracétam du directeur technique est, note The Guardian, un médicament sur ordonnance en Russie, ni autorisé ni interdit aux États-Unis : un no man’s land. Des compléments. L-théanine, choline, plantes. Des habitudes. Jeûne, sommeil, mesure. La frontière entre les deux premières couches et les deux dernières est la même qu’en France : celle du médicament, détaillée dans nootropique ou médicament : où passe la ligne légale.

À retenir : ce qui donnait sa réputation au stack de la Silicon Valley était sa couche médicamenteuse. En France, cette couche-là ne s’achète qu’en pharmacie, sur ordonnance, et jamais en ligne.

Le mesuré : ce que la recherche a trouvé

La question honnête est : ces médicaments font-ils quelque chose chez quelqu’un qui n’est pas malade ? La revue la plus citée est celle de Ruairidh Battleday et Anna-Katharine Brem, à Oxford, publiée en 2015 dans European Neuropsychopharmacology. Elle reprend vingt-cinq ans d’études sur le modafinil chez des adultes sains et reposés. Sur les tests simples, la plupart des études trouvent une amélioration des fonctions exécutives, mais seulement la moitié en trouvent une sur l’attention et la mémoire, et quelques-unes notent une baisse de la pensée créative divergente. Sur des tâches plus complexes, les auteurs observent des effets plus réguliers. Leur conclusion insiste surtout sur un point : les méthodes des études sont trop disparates pour trancher sans nouvelles recherches.

Deux autres faits pèsent autant. La neuroscientifique Barbara Sahakian, de Cambridge, rappelait dans le même article du Guardian qu’aucune étude de sécurité à long terme n’a été menée chez des personnes en bonne santé. Et l’usage a augmenté : une enquête internationale menée auprès de dizaines de milliers de répondants de quinze pays trouve que la prise de stimulants et de modafinil pour travailler ou étudier a progressé partout entre 2015 et 2017 (Maier et al., 2018, voir les sources).

Le vrai, donc, n’est pas « une pilule qui rend brillant ». C’est : des médicaments, aux effets mesurables mais irréguliers chez les sujets sains, pris sans recul sur le long terme, par de plus en plus de monde.

Le marketing : ce qu’on a vendu sous ce récit

Deux colonnes : le vrai (médicaments pris hors indication, effets mesurés mais inégaux, absence d’études de sécurité à long terme, usage en hausse) et le marketing (la pilule de film, l’absence de données officielles, des gélules de plantes vendues avec le récit des médicaments, une marque devenue vendeuse de boisson)
Le tri, source par source. Références complètes en fin d’article.

Le glissement est simple à décrire. Le récit vient de la couche médicamenteuse : des fondateurs qui prennent des molécules de prescription pour tenir des journées de dix-neuf heures. Le produit vendu, lui, vient de la couche complément. La gélule phare de Nootrobox, d’après Slate, associait des plantes, dont le bacopa, et de l’alfoscérate de choline. Elle se vendait avec l’aura de la première couche et la composition de la troisième.

Il y a aussi ce que personne ne savait. The Guardian l’écrivait en toutes lettres en 2015 : il n’existait aucune donnée officielle sur l’usage réel de ces substances dans la Silicon Valley. Tout reposait sur des témoignages, souvent de gens qui vendaient quelque chose. Et la trajectoire de l’entreprise la plus médiatisée dit le reste : levée en 2015 sur la promesse des nootropiques, elle porte depuis 2024 le nom d’une boisson aux cétones.

Ce n’est pas un procès : changer de produit est le droit de toute entreprise. C’est une information. Quand on vous vend une gélule « comme dans la Silicon Valley », la question à poser est la même qu’ailleurs : quelle dose de quoi, avec quelle allégation autorisée, à quel prix par jour. La méthode est dans notre guide pour choisir un nootropique, et le film lui-même est traité dans Limitless existe-t-il ?

Ce qui vaut d’être copié : la méthode, pas la pilule

Il reste quelque chose de juste dans la Silicon Valley de 2015, et ce n’est pas une molécule. C’est une attitude : prendre son matin au sérieux, comme un avantage qu’on construit au lieu de le subir. Ces gens refusaient l’idée que leur énergie était une donnée fixe. Ils voulaient une longueur d’avance, et ils la cherchaient activement. Cet esprit-là, l’élan de ne pas attendre que la journée décide pour vous, est exactement celui que nous voulons servir.

Mais regardez ce que le directeur technique du Guardian faisait de mieux. Ce n’était pas son phénylpiracétam. C’était le test à l’aveugle : une gélule vraie ou vide, tendue par quelqu’un d’autre, pour savoir si l’effet qu’il ressentait existait ailleurs que dans son attente. Ajoutez-y trois règles qu’on peut appliquer demain matin :

  • Une dose écrite, au milligramme, pour savoir ce qu’on a pris et l’additionner avec le reste de la journée.
  • Un changement à la fois : si vous ajoutez trois produits la même semaine, vous ne saurez jamais lequel compte. C’est l’erreur de la surenchère, détaillée dans construire son stack sans tomber dans la surenchère.
  • Le sommeil d’abord : aucune gélule ne rend une nuit qu’on n’a pas dormie.

Et Zénith, dans tout ça

Nous vendons Zénith. Ce n’est pas un stack de la Silicon Valley, et nous ne le présenterons jamais comme la pilule d’un film. C’est un complément alimentaire de la troisième couche, écrit au milligramme : caféine 180 mg (guarana compris), taurine 400 mg, extrait de guarana 60 mg, vitamine C 560 mg, soit 700 % de l’apport de référence. Une seule allégation, celle de la vitamine C : « La vitamine C contribue à réduire la fatigue. » Aucun effet prêté aux trois autres actifs, qui n’en ont pas d’autorisé.

Ce qu’il garde de la Silicon Valley, c’est l’idée qu’un matin se prépare : deux gélules, trente secondes, la même dose chaque jour, ce qui rend justement le test honnête possible. Ce qu’il en laisse, c’est tout le reste. 29,90 € les 30 matins, 1,00 € le matin ; une marque basée à Vannes, des commandes expédiées d’Allemagne, un façonnier nommé dès la première production, et aucun avis client vérifié, donc aucun ici.

Zénith, le nootropique TROPIK : deux gélules le matin, quatre doses écrites, 1,00 € par jour →

Questions fréquentes

Quels nootropiques prennent les entrepreneurs de la Silicon Valley ?

Les témoignages de 2015 décrivent des combinaisons de médicaments sur ordonnance comme le modafinil, de molécules de recherche comme le phénylpiracétam, et de compléments comme la L-théanine ou la choline. Il n’existe aucune donnée officielle sur leur usage réel, notait The Guardian en 2015.

Le modafinil est-il un nootropique ?

C’est un médicament, autorisé contre la somnolence excessive de certaines maladies. En France, il est sur la liste I, avec une prescription réservée aux neurologues et aux centres du sommeil. Une revue d’Oxford de 2015 trouve chez les sujets sains des effets réels mais inégaux selon les tests, et aucune étude n’a évalué sa sécurité à long terme chez eux.

Qu’est devenue la start-up Nootrobox ?

Fondée à San Francisco en 2014, financée par Andreessen Horowitz en 2015, elle est devenue HVMN, puis a pris en 2024 le nom de son produit principal, Ketone-IQ, une boisson aux cétones.

Le film Limitless repose-t-il sur une vraie pilule ?

Non. NZT-48 est une invention du roman The Dark Fields d’Alan Glynn, publié en 2001 et adapté au cinéma en 2011. Aucune molécule réelle ne produit l’effet montré dans le film.

Peut-on acheter les nootropiques de la Silicon Valley en France ?

Les compléments, oui : L-théanine, choline, plantes, caféine. Les médicaments comme le modafinil, seulement sur ordonnance, en pharmacie, et jamais en ligne : le commerce électronique est réservé aux médicaments sans ordonnance.

Le directeur technique de 2015 avait plus de deux douzaines de bocaux. La chose la plus utile qu’il faisait ne coûtait rien : il vérifiait. C’est ce qu’il faut garder de la Silicon Valley, et c’est la seule partie de la légende qui tient encore debout.

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Information générale, publiée par TROPIK. Ne constitue ni un avis médical, ni un diagnostic, ni une recommandation thérapeutique. En cas de doute ou de traitement en cours, consultez un professionnel de santé.

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